Tapis… dans la mémoire, Jean-Baptiste Pisano, LAPCOS, UNS

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Ce pavillon dessiné en 2D au sol constitue une œuvre qui s’apprécie selon une vue cavalière, où la perspective n’est pas tant celle du point de fuite, que de l’inscription dans le temps. Pas d’œuvre inscrite ainsi debout sur l’horizon.

Stéphanie Raimondi crée seulement à partir de fines baguettes de laiton, un tapis ornemental où elle fait jouer l’oxydation, restituant la dimension dans une surface plus large que celle de la forme primitive. Le dépôt vert-de-gris qui chaque jour gagne un peu plus, débordant la surface originelle constituées des fines baguettes, dissout la rigueur première de l’espace labyrinthique, construit à partir de droites orthonormées, sur un sol qui reçoit en aplat les taches vert-de-gris.

Structure mouvante, sa sculpture s’attache ainsi à une dimension temporelle où la finitude des choses se conjugue avec leur naissance, et où mutabilité rime avec éternité.

Elle emprunte par là à l’écriture durassienne cette conception de « la reprise des temps par l’imaginaire » [1]. Mais là où la romancière pousse l’éviction de la personne jusqu’à son anéantissement [2], Stéphanie Raimondi choisit plutôt de suivre le parti de Pascal Quignard, qui cherche simplement en élaguant à aller à l’essentiel [3].

Pourtant cette recherche de l’épure semble être le point nodal d’une création qui s’apprécie, avant tout, sous l’effet d’un flux temporel qui conditionne l’à-venir de l’œuvre, comme une re-création.

Ce qui se dissout appartient-il seulement au domaine du mémoriel, ou constitue-t-il aussi métaphoriquement la perception de ce qui doit advenir ?

En ce sens la création de Stéphanie Raimondi est un bel exemple de l’ambivalence des choses, et de la perception que l’on en a.

 

Tapis” décoratif qui en définitive s’attache à faire ressurgir les franges de ce qui, inscrit en nous, est par-delà ce qui reste… “tapie” dans nos mémoires.

 

[1] Duras Marguerite, propos rapportés par Frédérique Lebelley, dans Duras ou le poids d’une plume, Biographie, Paris, Grasset, 1994, p. 10.

[2] A propos du ravissement de LoL V. Stein, dans Duras Marguerite, Dits à la télévision, Entretiens avec Pierre Dumayet, Paris, EPEL (Editions et Publications de l’Ecole Lacanienne), Collection atelier, 1999, p. 13.

[3] C’est tout le parcours d’Ann Hidden, l’héroïne de Villa Amalia.

Capture d’écran 2014-12-08 à 14.31.09

 

Pour plus d’information sur l’oeuvre cliquez ici

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